Avec presque rien on peut apprendre sur presque tout…

On se le dit souvent entre nous, c’est important…Partir des représentations initiales des participants ce serait comme une note incontournable sur la partition du pédagogue.

Mais au fait?!!! Pourquoi et comment faire émerger les représentations initiales des participants?… Et finalement pour en faire quoi?

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S’il te plait…Dessine moi un mouton!

Cette célèbre phrase de Saint-Exupéry dans son livre Le Petit Prince est un excellent exemple de la thématique sur les représentations. Comme le Petit Prince n’était jamais satisfait, du dessin du mouton que lui faisait Saint-Exupéry, ce dernier, en désespoir de cause finit par lui dessiner une caisse à l’intérieur de laquelle se trouvait le mouton du Petit Prince. À sa grande surprise, cela correspondait le mieux à la représentation que se faisait le Petit Prince de son mouton.

 

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Cet exemple illustre bien qu’une représentation dans la tête de celui qui l’a construite est souvent très différente de celle de la personne qui essaie de la comprendre […]”

Cette introduction est empruntée à Henri Boudreault, expert en didactique professionnelle.

1-Pourquoi faire émerger et prendre en compte les représentations initiales des participants?

-Partir de ce “déjà là”!

Les élèves ont déjà des idées sur les savoirs qu’on va leur enseigner. C’est à travers celles- la qu’ils essaient de comprendre les propos de l’enseignant ou qu’ils interprètent les documents fournis. Si l’on ne tient pas compte de ces conceptions déjà là, si on ne les fait pas expliciter, le savoir proposé glisse généralement sur l’élève. […]

-“Apprendre c’est transformer, restructurer ses représentations.” GIORDAN, 1989

-“Lever les représentations qui font obstacle à de nouveaux savoirs”

Si on omet de s’appuyer sur les représentation des élèves, on risque de renforcer les représentations (ou conception ) fausses qui font obstacles au savoir nouveau […]
-“Apprendre c’est transformer, restructurer ses représentations.” GIORDAN, 1989

La prise en compte des représentations de l’élève modifie les conceptions de l’apprentissage  :

Pour Philippe Meirieu : « Un sujet ne passe pas ainsi de l’ignorance au savoir, il va d’une représentation à une autre, plus performante…c’est en confrontant ses propres conceptions avec des informations nouvelles qu’un apprenant s’approprie véritablement des connaissances […]

2-Quels outils et quelles techniques?

-Faire une expérience qui étonne, surprend, bouscule les participants…

Le jeu des chaises d’ITECO (nouveau site internet au passage!) bien connu des animateur en éducation au développement et à la solidarité internationale. Il est très efficace pour faire émerger les représentations des participants sur leur conception de la répartition de la population et des richesses dans le monde. On demande au groupe de participants de se répartir en fonction de ce qu’ils pensent être la bonne répartition de la population mondiale, du PIB… vous connaissez la suite ;-)…etc…il y a souvent des surprises…”je pensais qu’ils étaient plus nombreux en Afrique!”…

Demandez à la fin lorsque les participants et les chaises sont répartis en fonction des vraies données…

Quel est le continent le plus riche? Puis quel est le continent le plus développé?…Observer les réponses? Les différences… Le plus riche est-il le plus développé? On peut ensuite partir sur les indicateurs de développement (du PIB à l’IDH…) A voir le webdocumentaire belge Croissance et bonheur ou sur les définitions du développement avec un jeu de positionnement  avec différentes définitions de différents émetteurs.

-Lancer une question ouverte par exemple: Pourquoi ont-ils faim?

Et invitez les participants à se positionner en fonction d’item (affirmations) ou/et à les hiérarchiser ou/et à les mettre en liens… Un exemple avec “Why are people hungry?[pdf]”…in english 😉

Cet outil est un Q-Short. L’association d’éducation au développement durable et à la citoyenneté internationale Lafi Bala en a développés de nombreux ( en téléchargement libre) sur le thème des OMD et du lien entre alimentation et développement durable…

-Lancer une image, un témoignage, un petit film… (pour cela les films de plaidoyer sont intéressants) et amener les participants à formuler des critiques, des hypothèses, des propositions d’alternatives…

Ce clip de plaidoyer a fait polémique… ou a t-il fait mouche? Produit dans le cadre de la campagne 10-10-10 de lutte contre le changement climatique…Il a créé le buzz. Il peut être utilisé avec des adultes pour réfléchir à comment conduire une action de sensibilisation, conduire une action de changement de comportement? Quels ressorts utiliser…l’émotion: la peur (par l’intimidation), le rire (par l’humour), ou amener les participants à ce décentrer…quel était l’objectif des réalisateur? L’analyse critique est riche en levée de représentations initiales…

-Confonter les participants à des affirmations et les faire dialoguer entre eux.

Le débat mouvant. J’aime beaucoup l’utiliser en début de formation…Tiens une affirmation me passe pas la tête:

“la main de celui qui donne est toujours au dessus de celle qui reçoit.” D’accord ou pas d’accord? à vos commentaires!!!

L’Abaque de Régnier Initialement utilisé pour prendre des décisions en groupe (de 10 à 100), l’Abaque de Régnier [pdf] est un outil très utilisé en éducation à la santé et en fomation d’adulte. C’est un outil dont la finalité est de permettre l’émergence puis la confrontation des représentations. Elle favorise l’expression du groupe et le partage d’opinion…En éducation au développement et à la solidarité internationale, le même outil peut être décliné avec nos items thématiques. Comme dans le Q-Short…

3-Mais au final pour en faire quoi?

Ben oui, après avoir récolté il ne s’agit pas d’oublier la récolte sur le bord du chemin…

Lors d’une action ponctuelle cette récolte permet ensuite de confronter les représentations des participants avec diverses sources :un film, le témoignage d’un “témoin” ou personnalité. De les faire dialoguer… Part exemple, lors d’une conférence débat, imaginer préparer un expert à jouer le jeu d’être dans un premier temps à l’écoute des gens qui se sont déplacés plutôt que t’attaquer direct avec son power point…

Une fois les représentations de chacun identifiées et débattues (c’est peut-être déjà une finalité?!), en peut engager une pédagogie de projet , du sur mesure, dont la photographie initiale est en quelque sorte un état des lieux, un diagnostic , la matière première également à laquelle on ajoutera par un travail d’animation ou un traitement disciplinaire de la valeur ajoutée.

Cet exercice au départ d’un chapitre disciplinaire fait aussi émerger des besoins de définitions ou de contextualisation.chez les apprenants qui vont les motiver…

Enfin si l’objectif est de mettre en débat pour faire évoluer et détricoter ce paysage initial de représentations, on peut faire le même travail à la fin, pour mesurer, s’auto-évaluer, évaluer…

C’est parce que le dialogue est un outil privilégié de construction de savoirs, qu’avec presque rien on peut  apprendre sur presque tout…mais pas tout seul 😉

Aller plus loin et ailleurs: Réflexions et témoignages de profs sur le webpedagogique, l’atelier pédagogique: intuition et perception

Jérôme Martin

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