Lunaawaa pour un cinéma engagé, chamanique et participatif

Lunaawaa est un projet d’éducation au développement et à la solidarité internationale sous la forme d’un documentaire “sensible” en cours de réalisation par deux étudiantes, en Colombie à la rencontre des plusieurs communautés indigènes Kogui, Arhuaco et Wayuu.  Lunaawaa est également le lauréat 2016 du Prix des Initiatives Etudiantes pour l’Education au Développement appelé le PIEED (1). Pour en savoir plus et les soutenir c’est par ici.

Synopsis et interview exclusive de Gabrielle et Maria José.

“Un groupe d’étudiantes voyage entre la forêt de la Sierra Nevada et le désert de la Guajira. Après quelques jours de voyage, l’une des membres du groupe disparait énigmatiquement, ainsi le groupe de filles doit chercher leur amie avant de retourner en ville. Pendant cette quête le groupe se déplace mais ne comptait pas rencontrer les communautés indigènes Kogui-Arhuaco-Wayuu. Elles sont invités à vivre une expérience unique…”

[…] inspiré de la forme littéraire de l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez, le Réalisme Magique, ce journal intime fictionnel s’appuiera sur l’expérience réelle que nous vivrons sur le terrain […]”

En quoi votre projet documentaire est-il un projet de solidarité internationale?

“Pour nous c’est le message du projet. Nous pensons que les habitants de cette planète traversent des problématiques qui sont propres à chaque pays et milieux sociaux mais que nous avons tous quelque chose qui nous rapproche, celui d’un besoin de justice […]”

Le projet traite du problème des communautés et cultures indigènes en voie de disparition, communément appelé Ethnocide. Or ces personnes se battent pour la défense de la Terre, de la biodiversité et de la diversité humaine. Bien que se battant pour leur culture d’abord, c’est un service qu’ils rendent a toutes les communautés des humains sur cette planète. Nous leur apportons du soutien, mais eux aussi nous apporte un soutien inégalable, celui pour la sauvegarde de la diversité et de la nature. Nous leur devons beaucoup et malheureusement nous ne les remercions pas assez. C’est donc bien une solidarité dans les deux sens que nous voulons célébrer  […]”

Le film est plus qu’un projet documentaire et nous préférons le terme “expérientiel” pour le décrire. En effet, la forme documentaire tend à donner une version véridique et objectif, bien que toujours du point du réalisateur ou de la production. Or Lunaawaa à l’intention de porter un regard critique et original sur la façon dont sont représentées les cultures indigènes en France et en Colombie. Selon nous, il y a une grande part de fiction dans notre imaginaire collectif vis-à-vis de ces sociétés, de l’exotisme au mépris, et c’est pourquoi il y aura, aussi, de la fiction dans le film […]

Le projet se complète au-delà de la forme cinématographique par la création d’une plateforme web qui sera nourrie par des recherches anthropologiques sur notre société vis-à-vis de l’Autre : comment l’Occident représente l’Autre, par les arts et les médias, et comment cela affecte les relations internationales. Le site web sera une zone de réflexion, de participation et de partage autour des questions soulevées par le film.”

Gabrielle et Maria José aux côté de leur partenaire Bogotá Sin Asco

Gabrielle et Maria José aux côtés de leur partenaire Bogotá Sin Asco – Colombie

En quoi le numérique augmente t-il votre projet?

“Le Crowdfunding, en premier lieu car il est un outil numérique récent qui a permis de réaliser tant de projets incroyables ! […] Pour la préparation du projet, le numérique a été essentiel pour la mise en relation des différents acteurs du projet ainsi que pour trouver des fonds. En effet c’est grâce aux réseaux sociaux que nous avons pu trouver les partenaires du projet en Colombie notamment Bogotá Sin Asco . Depuis nous les avons rencontrés en chair et en os et le courant passe hyper bien ! Nous voyons ici réellement comment le numérique peut-être au service de l’expérience humaine et réelle.

Pour ce qui est la création du film, il sera tourné avec du matériel récent et numérique, pour l’image et le son, qui est un équipement petit et léger avec plein d’avantages pour un projet aventureux comme celui-ci ! Le numérique ici est le progrès technique qui nous permet de réaliser ce projet.

Enfin pour la diffusion du projet, il sera accessible sur donations sur le site web et celles-ci serviront à la création d’un site web culturel pour célébrer la diversité culturelle en Colombie. Nous espérons rapprocher des gens et les causes qu’ils leur sont propres et de célébrer par cet outil de communication nos différences.”

Pourquoi le choix de la Colombie?

Tout simplement car la réalisatrice du film Lunaawaa est colombienne. Elle a eu un désir fort de parler de son pays, du regard que la société porte sur les communautés indigènes, suite à ce qu’elle avait observé après s’être installée en France et avoir pris de la distance. Par exemple, l’intérêt que porte la jeune génération en France pour les rituels et cultures indigènes d’Amérique latine, les festivals, les soirées qui reprennent et distordent ces thèmes… Tout ceci n’existe pas ou peu en Colombie et elle voulait explorer la différence du regard via l’image.

 Musée de l'Or de Bogotá-Lunaawaa

Musée de l’Or de Bogotá-Gabrielle pose devant des ombres d’indigènes.

Il est incroyable qu’il y ait encore en Colombie des cultures millénaires qui persistent et conservent leur culture, bien que celle-ci soient vivantes et en constante évolution. C’est la rencontre avec un membre de la culture Arhuaco de la Sierra Nevada qui a mené Maria José à se sentir concernée par ces problématiques. C’est alors qu’elle s’est rendue compte du mépris de la société colombienne contemporaine envers ces habitants du même pays, défendant une idée du progrès différent : il existe en effet un certain racisme, un dénigrement de leurs cultures. C’est un combat politique et social de tous les jours, au prix de leur vie.

En France, a l’inverse, la nouvelle génération porte un grand intérêt aux cultures indigènes d’Amérique Latine et les fantasmes se multiplient. Les rituels sont importés, les plantes consommées. L’exotisme et le chamanisme se mêlent pour créer une image souvent adulée et déformée de la réalité.

C’est ce contraste de vision qui a poussé Maria José à faire ce projet, en questionnant le pouvoir des images. Avant de rejoindre le projet Gabrielle Salem a voyagé a travers le monde pour des projets culturels et artistiques mais ce n’est qu’en 2015 qu’elle a commencé a se questionner réellement sur sa place d’actrice culturelle dans le monde en tant que personne venant de l’Occident de France, et pouvant voyager a peu près partout dans le monde sans visa ou de manière très simple en tous les cas. C’est en suivant des weekend de formations à l’Education à la Citoyenneté et à la Solidarité Internationale qu’elle s’est rendue compte de la “suprématie” de l’occident dans les “échanges” culturels et c’est pour cela qu’elle a voulu questionner sa place au côté de Maria José dans ce projet.

(1) Etudiants et Développement, Solidarité Laïque et France Volontaires organisent depuis 2013, le Prix des Initiatives Etudiantes pour l’Education au Développement (PIEED). Il distingue des projets étudiants qui contribuent à la Solidarité Internationale par la sensibilisation du monde étudiant à ses enjeux.

Interview et rédaction Jérôme Martin à partir des propos de Gabrielle et Maria José de Lunaawaa

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