ONG: les stéréotypes, clichés et amalgames ne font plus recettes!

L’autre c’est toi!” est un projet porté par trois jeunes entrepreneuses de changement, étudiantes en communication sociale de Bruxelles déterminées à expérimenter une communication alternative #StereotypeFree. Leur travail de fin d’études porte sur l’utilisation des stéréotypes dans la communication des ONG. Un sujet que l’on aborde régulièrement et de manière critique en Education à la Citoyenneté et à la Solidarité Internationale. Objet fondateur, également de Communication Sans Frontière, une association qui a pour objectif de promouvoir des pratiques éthiques au sein de la communication solidaire et des ONG.

Leur constat; “[…] lors des campagnes de récolte de fonds, les ONG ont tendance à utiliser des images simplifiées et misérabilistes de l’Afrique pour marquer les esprits de manière rapide et efficace”. Plutôt vrai!

Une ambition; “Ecrire l’Afrique Autrement et […] tester d’autres techniques pour évaluer si une  communication plus éthique et plus proche de la réalité est possible. Chiche?

Intrigué, je leur ai adressé quelques questions! Voici en exclusivité leurs réponses.

Quels liens faîtes vous entre lutte contre les préjugés et stéréotypes ici, et appui aux initiatives citoyennes de développement là-bas?

Nous faisons le lien entre les deux quant à la vision même que les gens peuvent avoir de l’humanitaire. Il faut pouvoir changer la manière dont on considère l’action humanitaire, c’est-à-dire, non pas comme une relation inégalitaire d’aidants et d’aidés mais plutôt une relation d’égal à égal plus proche d’un partenariat. D’où l’intérêt de mettre en avant les initiatives sénégalaises dans notre projet!

Nous comprenons que les ONG occidentales, et dans le cas de notre projet, les ONG belges, subissent des contraintes de temps et d’argent et doivent trouver des techniques pour convaincre les donateurs de manière rapide et efficace. Cependant, le plus souvent, la technique choisie est l’utilisation d’images simplifiées et stéréotypées en s’appuyant sur des sentiments comme la pitié et la culpabilité.

Les images et stéréotypes que les ONG utilisent ne sont pas nécessairement fausses mais elles ne montrent qu’une partie de la réalité et accentuent la vision de l’action humanitaire aidants-aidés ainsi que nuisent à la dignité des populations locales.

Quel est le pire exemple de campagne de fundraising que vous avez rencontré?

Nous ne voulons surtout pas dénoncer, notre projet se veut surtout constructif! Par contre, nous constatons la constante utilisation de figures de femmes et d’enfants faibles et sans défense, absence d’hommes au travail et d’entrepreneurs comme si l’Afrique nous attendait pour réussir à s’en sortir, des slogans réducteurs « Aidez l’Afrique » comme si l’Afrique était un pays, …

Quelle est la campagne la plus exemplaire, à vos yeux?

Une campagne qui nous a beaucoup plue est « Africa for Norway » réalisée par le SAIH. Ils ont habilement utilisé le principe du renversement de rôles de manière ironique et très drôle pour nuancer l’idée de l’action humanitaire. Nous pensons cependant que qu’il y a encore des changements à faire. En effet, la campagne du SAIH a été réalisée par des Norvégiens par une initiative norvégienne. Il manque donc des initiatives provenant directement du « Sud ».


Qu’entendez-vous par “communication sociale”?

La dénomination complète de notre master est « Animation Socio-culturelle et éducation permanente »- ASCEP – nous abordons des questions sociales comme culturelles, mais toujours dans une perspective de réflexion et de compréhension des enjeux. Le problème est que les gens ne comprennent pas toujours le nom de notre master… ce qui fait que nous simplifions les choses et l’appelons uniquement “Master en communication sociale”.

Il s’agit de toute communication utilisée à des finalités sociales. Pour nous cela est également étroitement lié à une responsabilité de la part des communicateurs quant aux messages et images qu’ils transmettent ( même si cela vaut pour toute communication)

La différence avec la communication pour le développement est que la communication sociale est un domaine beaucoup plus large et qui couvre plusieurs thématiques dont le développement et le secteur humanitaire, mais pas seulement. En effet, la communication sociale recouvre également des problèmes sociétaux tels que les enjeux de l’immigration, les droits des femmes, la violence de rue, etc….

L'autre c'est toi-lutte stéréotypes

Camille Bettonville, Jeanne Eloi et Fabiola Legrain Sanabria-Master, étudiantes en « Animation Socio-culturelle et éducation permanente » – Bruxelles – 2016

Pourquoi le choix du Sénégal?

Dans un premier temps, notre choix s’est porté sur l’Afrique subsaharienne car c’est une vaste région méconnue et souvent réduite à un seul grand pays, où règnent famines, épidémies et conflits violents. Les campagnes humanitaires négligent souvent les contextes spécifiques de ces crises, la diversité de l’Afrique et de ces habitants.

Avec les conjonctures actuelles, nous avons vu notre champ d’action réduit et la perspective de nous rendre en RDC ou encore au Mali nous a été vivement déconseillée. […] Le Sénégal s’imposait comme une zone plus propice au débat et au temps de réflexion.

Le Sénégal, c’est aussi une autre vision de l’Afrique subsaharienne: plus ouverte sur le monde grâce à un tourisme plus développé, c’est région qui contraste avec le discours misérabiliste habituellement servi par le secteur humanitaire, mais dont nous entendons encore trop peu parler.

Découvrir plus en détails et soutenir leur projet c’est par ici! Bon courage à toutes les trois. On attend de vos nouvelles!

Jérôme Martin

propos recueillis auprès de Camille Bettonville, Jeanne Eloi et Fabiola Legrain Sanabria.

D’autres initiatives de lutte contre les stéréotypes et amalgames!

See u! Partagez sur le fil de commentaires vos outils, méthodes et techniques #StereotypeFree 😉

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