Pratique professionnelle de l’animateur en éducation au développement et à la solidarité internationale

Les questions de qualification et de formations diplômantes, de la professionnalisation des pratiques, d’un référentiel de compétences du métier d’animateur en éducation au développement et à la solidarité internationale sont selon moi des enjeux d’avenir et d’ambitieux chantiers dont les acteurs de la solidarité internationale, du développement et de la formation devront se saisir …un jour. Les priorités du moment semblent ailleurs…

Néanmoins, c’est aux côtés de Julia et Martin, tous deux étudiants de SupAgro Florac en licence de coordination de projet en éducation à l’environnement et au développement durable, et chargés d’un exercice d’analyse de pratique professionnelle que j’ai eu l’opportunité de prendre du recul sur ma propre pratique. Un moment rare et utile!

Ils ont donc passé à la moulinette, voir au scalpel ma pratique et mon animation d’un outil bien connu en éducation au développement: le jeu du commerce mondial (version actualisée par le RED téléchargeable)!

Voici une synthèse de leur travail.

Ce n’est en aucun cas des éléments de bonne pratique d’animation. C’est le résultat d’un travail d’analyse approfondi de ma pratique lors d’une séquence d’animation.

  • “Il ressort de cette étude l’importance du style du métier d’animateur dans sa pratique professionnelle. Au-delà du seul impact d’un genre, commun à plusieurs animateurs, le style, propre à chacun influe sur le déroulement de leur animation. En effet, les compétences professionnelles développées par chacun, et dépendantes de leur expérience propre, conditionnent leur capacité à s’approprier une animation par ses propres méthodes.Grâce à ses savoirs professionnels, l’animateur doit développer son propre style, en fonction de ses objectifs pédagogiques et de son identité professionnelle.”
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Crédit photo 2012: Martin Lozivit

  • “Dans le cas présent, l’animateur perçoit dans son métier la nécessité absolue de s’adapter aux imprévus qui surviennent, et de les utiliser pour bâtir l’animation en temps réel. Dans le jeu du commerce mondial, ces imprévus sont pour la plupart introduit par les évènements induits, des « imprévus-prévus » dans le protocole du jeu. Ces imprévus trouvent leur origine dans la diversité et la complémentarité des participants. Pour garantir l’efficacité de l’adaptation, il est nécessaire de s’intéresser aux personnes en présence, de les observer pour cerner leurs représentations et leurs acquis. Cette posture évite d’être en position de manipulateur. En termes de base, l’animateur doit articuler la dynamique de son activité autour de ressources froides (expositions…) et de ressources chaudes (animation…), qui servent uniquement d’appui a la construction de la réflexion commune. L’animateur n’a pas pour rôle de se placer en conférencier. Plutôt que de baser sa pratique sur ses connaissances, il est préférable qu’il parte de quelques savoirs fondamentaux, afin de laisser de la place à l’animation à proprement parlé.”
  • “D’une part il choisit, en plus des imprévus, de se servir des contraintes pour bâtir son animation, en les transformant en « péri-phénomènes ». D’autre part, pour s’adapter au public et ainsi mieux transmettre des savoirs, il ne s’intéresse pas seulement aux représentations des participants, mais à leur vécu. Concernant la préparation, il base majoritairement ses interventions sur l’improvisation, ce à quoi l’animation prête une bonne occasion.”
  • “Les représentations de l’animateur observé dans le cas présent semblent être issues du socioconstructivisme, une théorie d’apprentissage portée notamment par Vygotsky. Ce penseur et psychologue russe l’explique dans l’ouvrage « La construction sociale des savoirs » : « dans notre conception, la vraie direction de la pensée ne va pas de l’individuel au social, mais du social à l’individuel. ».
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Crédit photo 2012: Martin Lozivit

  • Dans cette optique de socio-construction du savoir, l’apprentissage se ferait à plusieurs. Cette approche s’oppose a une démarche ou l’on dit a l’apprenant quoi faire et comment le faire. Ici, on laisse les apprenants construire ensemble les connaissances par eux-mêmes. Ainsi, le jeu du commerce mondial met l’accent sur l’interaction des participants pour favoriser la construction des savoirs sur le fonctionnement du système économique mondial. Ensemble, les participants vont collaborer a l’actualisation des savoirs de chacun en se basant sur leur vécu. Le rôle de l’animateur serait de confronter les apprenants à une situation qui cause problème les obligeant à se poser des questions, et à remettre en cause leurs certitudes.”
  • “Le jeu du commerce mondial, dans son fonctionnement, semble faire office de « situation-problème » que l’on retrouve dans le domaine de l’enseignement. Pour l’animateur, l’important est d’avoir une idée claire de ce qu’il veut démontrer a la fin pour guider les questionnements.”

“Dans la mise en œuvre de ce jeu, il y a certainement autant de façons de faire que d’animateurs. Les choix effectués dans le cas de notre étude révèleraient une souplesse de la part de l’animateur dans l’interaction avec les participants, souplesse permise par des compétences professionnelles importantes et une grande confiance en la maîtrise de sa propre pratique.”

Analyse de pratique professionnelle réalisée par Julia Burger et Martin Lozivit, étudiants en licence professionnelle de SupaAgro Florac.

Aller plus loin:

L’analyse de Dominique Bachelart: nos postures d’animateur vis-à-vis du Développement Durable-Colloque de SupAgro Florac-2012

Jérôme Martin

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