Un binôme Conteur et Animateur, acteurs d’un dialogue sur la citoyenneté internationale

L’un est animateur, l’autre griot. L’un est blanc, l’autre noir…Non ce n’est pas une nouvelle conférence gesticulée, pas même un spectacle…plutôt un dialogue fraternel entre un animateur d’ici et un conteur de là-bas. Un contrat de bouche à oreilles de deux citoyens du monde qui allient leurs différences, leurs pratiques et leurs voix dans un but avoué: la réalisation d’une citoyenneté internationale…

Présenté en avant première lors de WEF de Starting Block en 2012, Yaya Adep Abouya a été interviewé. Ci dessous, son récit d’expérience!

Propos recueillis par Jean-Marc Delaunay, Starting-Block, 16 mai 2012

Complices d’animation, Yaya Adep Abouya et Jérôme Martin ont expérimenté pour le dernier Week-end d’Echanges et de Formation (WEF) leur premier spectacle à deux voix : celle d’un conteur et celle d’un animateur en Education à la Citoyenneté et à la Solidarité (ECS). La salle a été conquise, en particulier par la danse du « cheval de plaisir » de l’homme dans le village des femmes. Nous avons voulu en savoir plus sur cet incroyable conteur et multi instrumentiste tchadien…

Comment es-tu devenu conteur ?

Je suis né au Tchad, dans une région à tradition animiste. Mon grand-père était chef du village, je l’ai vu régler les conflits alors que j’étais tout petit. Ma grand-mère était conteuse. Les contes traditionnels m’ont nourri, et après avoir découvert le théâtre forum au collège à la capitale, je suis revenu au village collecter les contes dans le cadre de mon mémoire. La plupart des contes que je raconte aujourd’hui me viennent de ce village.

Que fais-tu aujourd’hui ?

Je fais des allers et retours entre la France et le Tchad. J’anime avec Jérôme des sensibilisations en collèges et lycées sur le thème du développement durable avec l’association montpelliéraine Lafi Bala. Ce nom signifie « tout va bien » en moré, la langue du Burkina Faso. Dans une de ces animations, par exemple, les élèves doivent traverser trois pays, dont l’un est tout environnemental, l’autre tout social, et le troisième tout économique. A la fin, ils doivent trouver des solutions pour vivre ensemble. Le conteur joue un rôle très important pour amener les participant dans le jeu, mais aussi pour débloquer des situations, par le biais des proverbes. Je fais aussi partie de la compagnie Durama N’tama, qui crée des spectacles sur le thème du métissage et de l’interculturalité, en associant conte africain et clown. Enfin, j’interviens dans des établissements pour personnes âgées, pour les aider à retrouver les histoires qu’elles ont apprises pendant leur vie.

Comment est venue l’idée du spectacle avec Jérôme ?

Jérôme me disait souvent : « Yaya, comment fais-tu pour capter autant l’attention des jeunes à qui tu t’adresses ? Moi, quand je leur parle, ils s’envoient des textos sous la table. Toi, ils te filment avec leur portable ! » C’est ainsi qu’est venue l’idée de créer une animation qui nous rassemblerait tous les deux sur une scène. Nous avons joué sur la complémentarité entre nos deux pratiques. Dans notre spectacle, conteur et animateur sont aussi inséparables que l’arbre et son ombre.

Comment s’est déroulée la préparation de votre spectacle ?

L’histoire a d’abord germé dans nos têtes. Nous avons sélectionné chacun quelques contes et nous en avons discuté, mais rien n’avait été réellement calé jusqu’à ce que Mathilde (volontaire formations de Starting-block) nous appelle pour nous demander si notre spectacle était prêt… On a juste fait une trame et on a improvisé à partir de ça. On n’a pas répété une seule fois le spectacle avant de le jouer devant vous hier soir !

En règle générale, qu’as-tu pensé de ce WEF ?

Même si Jérôme m’avait parlé des week-ends organisés par Starting-Block, c’était la première fois que je participais. Mais maintenant que j’ai vu ce que c’est, je viendrai à chaque fois ! J’aime ce cadre respectueux, un cadre propice à la réflexion et à l’échange, dans le respect de l’être. Tout en simplicité et sans autorité… On ne retrouve pas forcément ça ailleurs.”

Merci aux organisateurs du WEF et au public pour l’accueil enthousiaste de cette création originale en 2012.

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